JUSQU’À la semaine dernière, Mbarka Benraba était connue dans son quartier de la Grande-Prairie de Chelles (Seine-et-Marne) comme la boulangère de la cité. Depuis jeudi, elle est devenue le symbole local de « la discrimination contre les femmes voilées ». Au motif qu’elle porte le foulard islamique, cette maman de 33 ans s’est vu refuser le droit d’accompagner la classe de son fils pour une sortie scolaire au zoo. C’est « au nom du principe de laïcité » que le directeur de l’école maternelle de la Grande-Prairie a ordonné cette exclusion contraire à la loi. Quelques jours plus tôt, l’enseignant du fils de Mbarka Benraba, scolarisé en grande section, l’avait pourtant autorisée à encadrer le groupe.
« Ce sont nos enfants qu’on pénalise
« J’étais heureuse de pouvoir, pour la première fois, me retrouver avec mon fils dans une sortie pédagogique, témoigne la mère de famille. Le directeur m’a indiqué qu’il n’avait pas besoin de moi avant de m’avouer que c’était le voile qui gênait ». L’argument a fait bondir les mamans présentes jeudi matin devant l’école. « On a fait stopper le car et on a exigé que Mbarka monte à bord », raconte l’une de ses amies, Yamina. Devant la pression, le directeur Dominique Sir avoue « avoir toléré la mère en lui demandant de ne s’occuper que de son fils. »
L’injonction a créé la polémique. « C’est scandaleux d’insinuer que, parce qu’on est voilée, on n’a pas le droit de toucher les enfants des autres », s’énerve Yamina. Et Assia de renchérir, sous son voile rose : « Ce sont nos enfants qu’on pénalise en refusant de leur accorder des moments de complicité avec leurs parents ! »
Confuse devant ce couac, l’Education nationale compte « présenter ses excuses » à Mbarka Benraba. « La loi sur la laïcité s’applique aux enseignants et aux élèves mais pas aux parents d’élèves qui entrent dans une école ou accompagnent bénévolement les enfants, recadre l’inspecteur de l’Education nationale de Chelles, Jean-Yves Beden. L’institution a manqué à ses devoirs ». Il y a un an, la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité avait, dans une délibération, rappelé la possibilité « pour des mères voilées d’accompagner des sorties scolaires ». Récemment, une école maternelle de Cergy (Val- d’Oise) a pourtant modifié son règlement intérieur afin de bannir les mamans qui portent le foulard des visites extra-scolaires.
Le Parisien




